16.5.19

Surdoué en échec scolaire : comprendre un paradoxe

J'ai le plaisir de prêter mon clavier à un invité. Jonathan est HP, il a 25 ans, diagnostiqué sur le tard. Une scolarité compliquée et un important travail de développement personnel l'ont amené à créer HProductif, un blog et un service de conseil pour les zèbres qui ont également vécu un parcours scolaires difficile et se demandent ce qu'ils vont bien pouvoir faire dans la vie ! 

C'est parce que je n'ai moi-même pas connu ce type de problèmes (j'ai vécu une scolarité très facile... mais ça ne m'empêche pas à 30 ans de ne pas savoir ce que je veux faire de ma vie), mais que je suis consciente qu'ils touchent beaucoup de surdoués que je lui prête mon blog pour qu'il nous parle de l'échec scolaire chez les personnes à haut potentiel.

La parole à Jonathan :

Échec scolaire chez le surdoué, et après ?


Après la lecture de l’article de Florence concernant le livre d’Olivier Roland “Tout le monde n’a pas eu la chance de réussir ses études” une foule de souvenirs sont remontés en moi. Mon parcours scolaire et académique s’est avéré désastreux, sans jamais avoir pu comprendre pourquoi. Et deux ans après m’être découvert zèbre un certains nombre d’éléments de réponse ont surgi. Aujourd’hui je voulais les partager avec vous. Car je sais que d’autres sont dans le même cas que moi et recevoir des réponses à ces questions s’est avéré un grand soulagement pour moi, aussi j’espère vous aider à comprendre ce qui a pu se passer. J’insiste sur le fait que tout observer via le prisme du haut potentiel est une erreur, beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu et peuvent venir de n’importe où : environnement social et familial, éducation, ... 
J’ajouterai également un mot d’espoir, car je pense que les études ne sont pas une fin en soi, on peut parfaitement réussir sa vie aussi bien qu’un diplômé !

Si je devais résumer ma vie avec vous aujourd’hui je dirais surtout que c’est un immense parcours d’obstacles. Quel chaos ! Des années à me traîner d’une classe à l’autre, à écouter des professeurs insipides, à me rebeller contre les abus d’autorité… Ça m’a coûté deux ans d’études secondaires, et trois ans à l’université. Tout ça pour finir sans diplôme, sans but ni objectif, et des rêves désavoués plein les poches. Pourtant dès petit on me promettait à un grand avenir, j’étais brillant, le petit génie qui allait faire une grande carrière et changer le monde. Je m’étais fait à l’idée que je deviendrais ingénieur ou conférencier. Mais je fus brutalement arrêté par la réalité, je n’étais même pas capable d’aller à l’école : absentéisme, refus de travailler, phobie scolaire...

Pendant ma dernière année à l’université, j’ai fini par consulter une psychothérapeute car je ne parvenais pas à comprendre l’origine mes échecs. Avec elle nous avons mis en lumière plusieurs sources potentielles, en particulier un auto sabotage, je me bloquais moi même. Inconsciemment je m’empêchais de réussir. Nous avons aussi évoqué la piste du haut potentiel, ce qui semblait paradoxal au vu de mes résultats… C’était là le premier pas vers une révélation. Au fil des conférences, lectures, réflexions et discussions, tout s’expliquait petit à petit ! Du moins c’est ce que je croyais, car comme je le dis plus haut, être zèbre n’excuse pas tout.

J’ai donc décortiqué tout ça et j’en ai sorti 3 facteurs potentiels d’échec scolaire. Encore une fois tout n’est pas relatif à la douance, mais certains concepts peuvent être exacerbés par l’esprit d’un jeune zèbre. J’ai donc nommé :
  1. La pression de la performance
  2. L’effet golem
  3. Les facilités précoces



La pression de la performance


Comme je le disais, on a dessiné mon avenir à l’avance. Sans le vouloir, on m’a conditionné à penser que mon seul chemin était les études supérieures et une grande carrière prestigieuse. Oui sans le vouloir car mes parents et mes professeurs ont fait de leur mieux et je leur en suis très reconnaissant. Mes parents m’ont toujours dit que peu importe mes choix ils m’aimeraient toujours. C’est formidable d’avoir un soutien pareil, mais si je pouvais y rajouter mon grain de sel, je mentionnerais toutes les options possibles autres que les parcours prestigieux. Parce qu’il y en a énormément.

Là où ça pose un vrai problème c’est que ça crée un blocage très dur à défaire. J’ai toujours eu l’impression de devoir réussir, de n’avoir qu’un seul chemin à suivre. Seulement quand ça a commencé à bloquer en cours, sans que je ne comprenne pourquoi, le fait de rater faisait naître un sentiment de culpabilité très pesant. Je me sentais coupable non seulement de ne pas satisfaire aux espoirs placés en moi, mais en plus je ne répondais pas à mes standards de réussite. A ce moment là vous êtes doublement tétanisé. Si vous continuez à travailler mais à rater, vous êtes encore plus mal dans votre peau, et si vous essayez sans travailler vous ratez quand même.

Là où c’est encore plus difficile de gérer ça, c’est que cette pression vient vraiment de partout et l’accumulation de celle ci vous écrase, sans vous laisser respirer.

La pression envers nous-même


Tout d’abord elle vient de nous même. Déjà de par le conditionnement à la performance dont je viens de parler, mais aussi car comme on voudrait réussir, on a extrêmement peur de tout rater et de se retrouver à la rue sans travail, sans revenu, sans aucune perspective d’avenir. Cela semble irrationnel et exagéré non ? Pourtant il est fréquent de penser que les études mènent à tout et que l’inverse ne mène à rien, ou du moins à un chemin professionnel flou, difficile, à chercher des boulots pénibles et mal payés. Dès lors que l’on est pris par la paresse, que l’on travaille en dernière minute, que l’on rate des travaux ou des examens, ce scénario catastrophe s’installe et la peur nous prend, inconsciemment ou non. C’est ça qui est terrible finalement c’est que parfois on ne s’en rend même pas compte, on a peur, la boule au ventre mais on ne comprend pas pourquoi. Et on se bloque. C’est d’autant plus difficile d’expliquer ces sentiments à son entourage, surtout quand on craint que personne ne nous comprenne.



La pression de l'entourage

Je mentionnais également la pression extérieure. En particulier les attentes de nos parents qui nous exhortent à travailler dur, à nous épanouir. Seulement, comment leur avouer qu’au lieu de bosser dur, ce dont vous n’avez jamais vraiment envie, vous passez votre temps à jouer, à sortir, à faire le plus de choses possibles (ou rien du tout) tant que ça n’est pas étudier ? Comment leur expliquer pourquoi vous ne parvenez pas à emprunter ce fameux chemin tout tracé et prestigieux ?

Pression de l'école

Tant qu’on reste dans la pression extérieure, j’aimerais aussi parler de celle exercée par le corps enseignant. Très souvent lorsqu’un professeur voit un élève obtenir de mauvais résultats, lorsqu’il voit des devoirs rendus en retard, la sanction ne tarde pas : l’étudiant est taxé de fainéant, ou “en difficulté”. Le problème c’est que le jeune adolescent HP ne comprend pas ce qui lui arrive. La seule vérité qu’on lui sert c’est qu’il serait paresseux. Alors il arrive qu’il l’accepte. “J’ai la flemme, c’est vrai.” Or, la vérité est ailleurs, et bien plus complexe…


Que dire en plus du regard des autres en général ? On n’a pas envie de passer pour le loser de service qui rate sa vie. Ça serait bien trop la honte…

L’effet golem

De toute façon ils le font tous

Je vais vous donner un exemple : Vous aviez une dissertation à réaliser. Mais aucune envie de la faire, et le temps avançant vous arrivez à la date butoir. Donc il faut bien la faire cette dissertation ! Vous finissez par écrire quelque chose de moyen, rapidement en deux ou trois heures. Et lorsque vous recevez le résultat, qui est finalement assez banal, vous êtes déçu ! Paradoxal non ?

Voilà l’idée, une partie de la classe fait quelque chose de moyen, quelques rares élus font beaucoup mieux et une autre minorité fait beaucoup moins bien. Donc pour entrer dans la norme, on fait quelque chose de moyen. Et ça se traduit dans les résultats scolaires. On n’ose pas prendre la parole car sinon on ne s’arrêterait jamais. Vous n’avez jamais senti cette sensation d’avoir déjà tout compris alors que le reste de la classe réfléchissait longtemps ? Mais on n’ose pas se mettre en avant, car ce serait mal vu, certains pourraient même être jaloux, ce serait générer des tensions, des sentiments négatifs, hors de question de s’élever au détriment des autres !

Le problème c’est que ça entre en conflit avec la pression de la performance. D’un côté on veut être dans la norme, mais de l’autre on attend de soi d’être excellent, de très bien réussir. Mais encore d’un autre côté, on nous dit qu’on est fainéant donc ça doit être normal ! Comment voulez-vous qu’une personne dans la fleur de l’âge s’en sorte avec ça ?





Là aussi ça bloque énormément, c’est très difficile pour un jeune adolescent ou une jeune adolescente de se rendre compte d’un tel blocage, il faut une capacité de recul énorme ! On ne fait pas face à un seul problème, mais à une multitude en même temps, qui entrent en conflit. Voilà qui, au moins en partie, explique un auto-sabotage très violent et incompréhensible.

Des facilités précoces

Pensez-y : vous êtes jeune, tout est facile, vous savez lire avant les autres, compter mieux et plus vite, parfois vous faites même les devoirs des autres ! Sans réfléchir, sans vraiment d’efforts… Puis brusquement il faudrait commencer à travailler, ça devient plus difficile mais pas trop, alors on continue à faire ce qui marche, on ne change pas une équipe qui gagne après tout. Au fil des années les efforts, la méthode, la discipline sont de plus en plus nécessaires. Sauf que ce sont des notions très vagues, voire inconnues, comment voulez-vous appliquer tout ça quand on ne fait que vous marteler “Il faut travailler plus” ou “Votre enfant semble intelligent, mais il doit être plus régulier dans son travail”. C’est bien gentil mais ça ne nous explique pas comment faire ! Pire, pourquoi ? Pourquoi ferait-on tous ces efforts si ce qu’on faisait auparavant fonctionnait jusque là ?

Que faire maintenant ?

Tout d’abord prendre conscience des sources de problèmes citées précédemment est un énorme pas en avant, si c’est le cas bravo !


Mais comment s’en débarrasser ? Pour moi il a fallu une suite de déclics :
  • Personne n’est là à observer mes échecs à la loupe à chaque instant.
  • Personne sinon moi ne me met autant de pression sur les épaules.
  • Et surtout surtout : j’ai le temps de parvenir à mes fins, de construire ma vie comme je l’entends !

Avoir raté ses études n’est pas une fin en soi. Il existe une multitude de possibilités, même si vous n’avez aucun diplôme.







Personnellement j’ai choisi la voie de l’indépendance. Créer son métier de toute pièces, à partir de compétences apprises en autodidacte est un challenge très excitant. Certes ce n’est pas la voie la plus conventionnelle, ni même la plus facile. Parfois il faut passer par des formations en ligne, qu’il faut suivre assidûment sans personne pour contrôler quoi que ce soit. Parfois il faut trouver un “job alimentaire” pendant quelques mois pour survivre - il faut gagner sa vie quand même ! - mais je trouve que le jeu en vaut la chandelle.

De plus, la perspective de pouvoir diriger ma vie professionnelle vers la direction que je choisis, quand je le veux, est une liberté extraordinaire.

Pourriez-vous reprendre des études aujourd’hui ?

Tous les zèbres sont humains, et parmi nous certains sont mieux prédisposés à s’adapter au système éducatif que d’autres. Mais imaginons un instant que vous vouliez vous lancer dans des études tardives, en cours du soir par exemple. Pourriez-vous réussir malgré votre parcours passé ?

Je dirais que oui, mais il faut être prêt. Prêt à faire des sacrifices, prêt à se remettre en question, à affronter d’énormes difficultés que d’autres traversent sans sourciller. Cela semble injuste, mais c’est loin d’être insurmontable. Cal Newport, docteur en informatique issu du M.I.T, a écrit un livre sur le sujet: “How to become a straight-A student” que je vous recommande si vous voulez une méthode intelligente et non conventionnelle de travailler et réussir à l’université. Rien de miraculeux, basée sur les résultats d’un certain nombre d’étudiants brillants issus des meilleures universités, elle demande du travail et des efforts, mais répond au besoin d’excellence et de réussite en gardant la possibilité d’avoir beaucoup de temps pour soi.

Un petit mot sur la motivation

Savoir comment se débarrasser de ces blocages psychologiques, connaître les meilleures stratégies de productivité et de travail ne suffisent pas si la motivation n’y est pas. Le problème ici c’est que la question de la motivation est aussi large que le reste. Elle est même complètement indépendante du haut potentiel intellectuel. Elle se manifeste différemment chez tout un chacun et nécessite certains leviers parfois propres à chaque individu. Je trouve que c’est un sujet passionnant et j’aimerai écrire à ce propos un jour.

Le mot de la fin

Soyez positifs : vous avez le temps. Vous avez le pouvoir de mener votre barque où bon vous semble. Les problèmes qui se dresseront sur votre chemins ne sont que des obstacles que vous pouvez franchir.



Merci à Jonathan pour cet article, vous pouvez le retrouver sur son site HProductif - Surdoué sans diplôme.
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